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1932, le jeune médecin Félix Houphouët, excédé par une pratique coloniale abjecte, a poussé le cri de cœur «on nous a trop volé». Ce cri, soutenu par une grève de la vente du cacao, conduira à la fin de la discrimination entre paysan blanc et noir, à l’abolition du travail forcé, au contrôle de la production et à la commercialisation du cacao par les Africains et la fin du système colonial direct. La maîtrise de la production et la commercialisation du cacao par la CAISTAB (la Caisse de stabilisation des prix du cacao et du café permettait de maintenir un prix moyen d'achat aux producteurs) et les paysans, a conduit au développement prodigieux de la Côte d’Ivoire de 1960 à 1980.

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Nouveaucourrier - 06/10/12

 

Faut-il croire que le régime Ouattara, progressivement isolé depuis la chute de Nicolas Sarkozy, fait désormais feu de tout bois et veut discréditer ceux qui, à l’extérieur de la Côte d’Ivoire, portent une voix dissidente de la sienne ? En tout cas, le Parquet d’Abidjan, dans un communiqué publié hier, a annoncé que «le juge d’instruction vient de transmettre une commission rogatoire destinée aux autorités judiciaires françaises aux fins de l’inculpation de dame Calixthe Beyala pour des faits de recel de fonds volés ou détournés et de blanchiment de capitaux». En quoi consistent donc ces faits ? «Les résultats partiels d’investigations menées dans des banques de la place révèlent que les 14, 15 et 17 décembre 2010, c’est-à-dire en pleine crise postélectorale, cette femme a perçu, sur ordre de Mme Appiah née Ehouman Bertine, fille de madame Simone Gbagbo, les sommes respectives de 49 941 830 FCFA, 6 697 044 FCFA, 39 692 264 FCFA et 39 692 264 FCFA, soit la somme totale de 134 471 185 FCFA, équivalant à 205 000 euros, pour le règlement de prétendus «droits d’auteur»». 

 

A la lecture de ces accusations, Le Nouveau Courrier a joint l’écrivain franco-camerounaise pour avoir sa version des faits. Si elle n’a pas voulu entrer dans le fond du dossier avant d’avoir plus d’informations sur des allégations qui lui sont parvenues uniquement par voie de presse, elle affirme d’ores et déjà que cette attaque judiciaire – qui a, selon des experts en droit, peu de chances d’aller au-delà de la tentative de discrédit – est de nature fondamentalement politique. «J’ai fait beaucoup de mal à Ouattara. Ouattara dit que je suis en train d’organiser la révolution contre lui. Ouattara dit que je vais organiser les Ivoiriens pour le renverser, alors que je n’en ai pas les moyens. Donc, il me cherche les poux sur la tête. Il veut se venger. Je n’ai rien à voir avec tout cela. J’attends leur commission rogatoire. Si elle est recevable en France ! Parce que je n’ai jamais rien traficoté avec les comptes de la Côte d’Ivoire !», nous a-t-elle confié.

 

Philippe Brou

 

 

 

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Dans son acte accusatoire, qui se signale une fois de plus par une absence de sérieux sur les faits et une lecture partisane de l’histoire de la Côte d’Ivoire, Louis-Moreno Ocampo laisse entrevoir au monde une réalité souvent masquée. Les forces pro-Ouattara ont commis la majorité des massacres qui ont eu cours lors de la guerre post-électorale.

Heureusement pour lui qu’il n’aura pas à défendre le dossier bancal qu’il a confectionné pour complaire à ses maîtres. C’est en tout cas ce que l’on est tenté de se dire en lisant la «version publique expurgée » du «document de notification de charges» du procureur de la Cour pénale internationale Louis Moreno-Ocampo dans l’affaire l’opposant à l’accusé Laurent Gbagbo. En effet, ce texte long de 47 pages et dont Le Nouveau Courrier a pu consulter une copie montre la légèreté de l’Accusation, son caractère fondamentalement partisan et son recours à des méthodes artificielles et biaisées. Lecture expliquée.

Encore des erreurs sur l'état civil du président Gbagbo

Ce sont des détails, mais ils prouvent l’absence de professionnalisme du bureau du procureur près la CPI. Le Nouveau Courrier et d’autres observateurs avaient noté, en décembre dernier, que le mandat d’arrêt qui avait permis le transfèrement du président Gbagbo à La Haye était entaché d’erreurs d’autant plus incroyables qu’Ocampo et ses hommes travaillaient main dans la main avec les autorités ivoiriennes.

Ainsi, se fondant sans doute sur les approximations de sa fiche Wikipédia, le procureur nommait l’accusé «Laurent Koudou Gbagbo», alors que «Koudou», le nom de son père, ne figure pas sur ses actes d’état-civil.

Dans le document de confirmation des charges, Ocampo corrige cette erreur mais en maintient une autre pourtant notée par Gbagbo lors de l’audience de première comparution. Il fait naître Gbagbo à Mama alors qu’il est né à Gagnoa, plus particulièrement dans le quartier Babré.

Fidèle à Wikipédia, qui affirme (à raison) que Gbagbo est né dans une famille catholique, Ocampo le fait catholique, alors qu’il a embrassé depuis de nombreuses années la foi évangélique.

De manière assez curieuse, Ocampo mentionne que Gbagbo a deux épouses, s’éloignant une fois de plus de l’état-civil ivoirien, qui ne reconnaît que le mariage monogamique devant le maire. Quelle juridiction occidentale oserait dire que l’ancien président français François Mitterrand avait deux épouses, dont Anne Pingeot, connue de tous mais reléguée (à raison) dans la sphère privée ?

En réalité, Ocampo mentionne l’existence de Nadiana Bamba à côté de la prétendue religion catholique de Gbagbo pour envoyer un message subliminal aux juges de culture européenne… Mais au fond, ce n’est pas bien grave…

 

Ocampo dévoile un chiffre caché: celui des victimes des forces pro-Ouattara

Les observateurs attentifs de la crise ivoirienne et de l’attitude de l’ONUCI l’ont noté. Le 27 mars 2011, jour du lancement de l’offensive militaire généralisée lancée par Ouattara, l’armée française et l’ONUCI, Hamadoun Touré, alors porte-parole de l’ONUCI, affirmait que la crise post-électorale avait fait 510 morts dont des FDS. Puis, plus rien. Silence. La comptabilité macabre n’a plus eu d’intérêt. Au final, l’on a appris qu’il y avait eu en tout 3000 morts. Mais qui avait tué qui ? Brouillard. Mystère. C’est dans ce contexte qu’Alassane Ouattara, lors de son interview accordée à Alain Foka de RFI, a réussi le tour de bras d’attribuer les 3000 morts officiels à son rival. «Gbagbo a été le chef suprême des Armées et cette Armée a tué plus de 3000 personnes », a-t-il prétendu, insinuant au passage que ses hommes étaient blancs comme neige.

Dans sa verve accusatoire, Louis Moreno-Ocampo, qui charge au maximum l’accusé, laisse tout de même échapper une vérité. Les forces pro-Ouattara ont commis au moins deux fois plus de crimes que leurs adversaires. «Entre le 28 novembre 2010 et le 8 mai 2011, les forces pro-Gbagbo ont dirigé contre des civils pris pour des partisans de Ouattara des attaques durant lesquelles elles ont tué de 706 à 1059 personnes, en ont violé plus de 35, en ont arbitrairement arrêté au moins 520 et ont infligé à 90 personnes au moins de grandes souffrances et des atteintes graves à l’intégrité physique», écrit-il. Si l’on s’en tient au bilan officiel des 3000 morts, cela signifie que les forces pro-Ouattara ont tué de 2294 à 1941 personnes.

Soit deux fois plus que les forces adverses et à un rythme autrement plus rapide. L’on ne peut passer ce constat par pertes et profits. Comment expliquer raisonnablement que les forces les plus meurtrières n’aient pas été inquiétées par la justice internationale alors qu’elles sont toujours sur le terrain, qu’elles ont été récompensées par leur chef et qu’elles continuent de commettre, en temps de «paix», de graves violations des droits de l’homme ? Plus fondamentalement, comment expliquer qu’il a fallu une «Politique» concertée et partant du sommet de la pyramide pour tuer une minorité de victimes tandis que la majorité des morts (ceux causés par les pro-Ouattara) seraient liés à des «dérapages», à des «vengeances isolées» et autres concepts déculpabilisants véhiculés par les lobbies internationaux qui veulent justifier l’injustifiable ?

Attaques «systématique»

Il est impérieux pour Ocampo de montrer que les crimes commis par les FDS dans le cadre de la résistance face aux assauts des FRCI étaient le fruit d’attaques «généralisées» et «systématiques». Ocampo met donc en relief un certain nombre de pics de violence provenant des FDS. 12 morts en deux jours (les 28 et 29 novembre 2011), un mort le 1er décembre 2011, deux morts le 25 février… Selon Ocampo, le jour le plus meurtrier du «camp Gbagbo» a été le 22 mars 2011. Des miliciens auraient tué 37 personnes dans le village de Bédi-Goazon, dans un contexte de bataille sanglante pour le contrôle de la ville.

Le problème pour Ocampo – et pour Ouattara – est que selon la Croix-Rouge et Amnesty International, au moins 800 personnes ont été tuées en une seule journée à Duékoué quand les FRCI ont pris la ville. Des nombreuses sources indépendantes ont mis en lumière la récurrence des pratiques meurtrières des FRCI (incendies des villages, destruction des greniers, viols massifs, consultation des cartes d’identité et assassinats systématiques des membres mâles de l’ethnie Guéré…).

Ocampo relie Gbagbo aux exactions des FDS en disant qu’il était leur chef et qu’une chaîne de commandement existait. Ouattara était lui-même le chef des FRCI puisqu’il avait signé une «ordonnance» le 17 mars pour les constituer. Et il aurait été impossible de mettre en branle tous ces assauts sans une chaîne de commandement. Si le camp Gbagbo a distribué des armes à ses soldats, le camp Ouattara l’a fait aussi, en s’appuyant sur des pays voisins comme le Burkina Faso, si l’on en croit les experts chargés de la surveillance de l’embargo. Tout ce qui relève de la responsabilité politique vaut pour l’un comme pour l’autre camp. Pourquoi ce qui serait valable pour les uns ne le serait pas pour les autres, d’autant plus que ce sont ces autres qui ont déclaré la guerre et fait le plus de victimes ? Malaise.

Mensonge d'Ocampo sur le 16 décembre 2010

Les violations des droits de l’homme et exactions commises par les FDS étaient-elles des dérapages enregistrés dans le cadre d’un conflit armé aux fortes imbrications civilomilitaires ou des preuves d’une répression aveugle à caractère ethnico-religieux ? Tout le débat est là.

Et pour renforcer la seconde thèse, Ocampo n’hésite pas à travestir les faits. «Le 16 décembre, les partisans de Ouattara, tous des civils, se sont dirigés vers les locaux de la Radiodiffusion-télévision ivoirienne (RTI) pour introniser le nouveau directeur général de cette institution», écrit-il pour déplorer les violences commises par les FDS. Un retour aux dépêches de la presse française montre le caractère fallacieux de cette affirmation.

«Combats meurtriers en Côte d’Ivoire», titrait par exemple le site de l’hebdomadaire français L’Express, peu suspect de gbagboïsme. «Entre 12h00 et 13h00, des tirs nourris à l'arme lourde ont été entendus dans plusieurs quartiers d'Abidjan. Près de l'hôtel servant de QG à Ouattara, des membres de l'ex-rébellion des Forces nouvelles (FN, dont le chef Guillaume Soro est le Premier ministre de Ouattara) échangeaient en milieu de journée des tirs nourris avec des éléments des Forces de défense et de sécurité (FDS), loyales à Gbagbo», poursuivait-il. Rappelons que les soldats des Forces nouvelles étaient conviés par Guillaume Soro à aller prendre, les armes à la main, la RTI – comme l’indique une vidéo abondamment diffusée. Le «tous des civils» d’Ocampo ne tient donc pas la route. Et il le sait.

Gbagbo, Simone et Blé Goudé accusés sur la base des confidences rénumérées de militaires félons

Comment impliquer directement le président Gbagbo dans des crimes de sang ? Il y a quelques mois, Human Rights Watch tentait de répondre à cette question en lui attribuant des propos imaginaires dans un rapport daté du 6 décembre 2011, comme l’a démontré Le Nouveau Courrier dans son édition du 7 décembre 2011.

Dans son document de notification des charges, Ocampo fait feu de tout bois sans grand succès. Ainsi, il assimile les propos relevant de l’expression d’une Résistance politique à toute épreuve, notamment ceux de Simone Gbagbo, à des propos incitant à violer les droits de l’homme. Les slogans comme «On gagne ou on gagne», par ailleurs également utilisés par une des animatrices de campagne de Ouattara – la chanteuse Antoinette Allany – sont instrumentalisés au-delà de toute honte par un Ocampo qui cherche visiblement avec peine à bâtir son argumentaire.

Les propos rapportés de soldats impliqués dans des exactions sont interprétés comme autant «d’ordres» de Gbagbo. Mais plus profondément, en filigrane, l’on se rend bien compte – en dépit de l’expurgation de leurs témoignages – que ce sont les confidences intéressées d’officiers et d’hommes en armes épargnés par le camp Ouattara et vivant grassement de ses subsides qui constituent la seule arme d’Ocampo dans son désir de crucifier le président Gbagbo. Ces témoignages complaisamment recueillis à Abidjan, en présence des actuelles autorités ivoiriennes, résisteront-ils à l’épreuve d’une éventuelle confrontation – si les avocats du président Gbagbo jouent cette carte-là ? L’avenir nous le dira.

 

Théophile Kouamouo

 

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 79 pages riches et précises. La requête en incompétence de la Cour pénale internationale (CPI) rédigée et déposée par l’équipe de défense du président Laurent Gbagbo – Maître Emmanuel Altit, Maître Agathe Bahi Baroan, Maître Natacha Fauveau-Ivanovic –, malgré son caractère technique quelquefois ardu, se lit passionnément. Le sujet, bien entendu, est en lui-même d’un intérêt capital, pour les Ivoiriens et pour tous les Africains. On ne saurait le traiter par-dessus la jambe, en se contentant du prisme souvent déformant des agences de presse occidentales. Pour cette raison, et malgré le temps très court qui nous était imparti, nous avons voulu, au Nouveau Courrier, partager avec vous de très larges extraits de ce texte. Pour rendre cette lecture essentielle plus agréable, nous avons fait le choix éditorial de rassembler les extraits les plus significatifs dans des articles séparés, précédés d’un commentaire et encadrés par une titraille qui guide la lecture et permet de comprendre plus vite un certain nombre de concepts qui peuvent se noyer dans un langage juridique volontiers ésotérique. Vous avez dans les mains le résultat de notre travail. Il aurait pu être meilleur, et nous travaillerons, lors du procès qui vient, à en expliciter les moindres enjeux de la manière la plus professionnelle. A la mesure de vos attentes.

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Toussaint Alain est l’un des indéfectibles soutiens de Laurent Gbagbo. L’ancien président ivoirien est détenu à La Haye. Il est inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Un an après l’arrestation de l’ancien chef d’Etat et à quelques jours de l’ouverture du "dialogue républicain" entre le pouvoir et l’opposition, notamment le Front populaire ivoirien (FPI) et La Majorité présidentielle (LMP) de Laurent Gbagbo, Toussaint Alain revient sur la situation politique en Côte d’Ivoire qu’il qualifie de « dictature ». S’il n’est pas tendre avec le régime d’Alassane Ouattara, il salue néanmoins l’avènement de ce dialogue inter-ivoirien.

Toussaint Alain a été le conseiller de Laurent Gbagbo d’août 2001 à fin 2011. Il est actuellement le président de "Côte d’Ivoire Coalition", un groupe de pression de droit américain qui milite « pour une Afrique indépendante et débarrassée de l’impérialisme ».

Afrik.com : Comment se porte Laurent Gbagbo ?


Toussaint Alain :
D’après les informations fournies par sa famille, le Président Gbagbo se porte bien. Il est serein et attend le 18 juin, date à laquelle se tiendra l’audience de confirmation des charges devant la Cour pénale internationale (CPI).

Afrik.com : Laurent Gbagbo est-il revenu récemment sur ses conditions de détention aussi bien à La Haye qu’à Korhogo, sur les évènements qui ont conduit à sa chute ?


Toussaint Alain :
Le 5 décembre dernier, lors de sa première comparution, il avait déjà tout dit sur ses conditions de détention à Korhogo. Par ailleurs, la teneur de ses conversations avec ses visiteurs est confidentielle.

Afrik.com : Le gouvernement d’Alassane Ouattara a maintes fois appelé le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo à la réconciliation nationale. Le FPI envisage-t-il de répondre à cette main tendue ?
Toussaint Alain :
Je ne peux pas m’exprimer au nom du FPI. Je sais seulement que le gouvernement a entamé des discussions avec l’opposition dans son ensemble, pas seulement avec le FPI et La Majorité présidentielle (LMP) qui inclut notamment le CNRD (Le Congrès national de la résistance pour la démocratie), dont l’ancien président du Conseil économique et social Laurent Dona Fologo est le vice-président. Ce dialogue inter-ivoirien devrait débuter à partir du 27 avril prochain à Grand-Bassam (située à l’est de la capitale Abidjan, ndlr). Outre le FPI, des formations politiques comme Agir pour la paix et la nation (APN), Liberté et démocratie pour la République (Lider) de Mamadou Koulibaly et le Rassemblement du peuple de Côte d’Ivoire (RPCI) de Bamba Moriféré sont conviées. Le dialogue n’est donc pas exclusivement réservé aux seuls pro-Gbagbo. Pour ce qui est du processus de réconciliation nationale, il revient aux partis politiques d’en parler. C’est plutôt la manière dont la Côte d’Ivoire est gérée aujourd’hui qui m’interpelle.

Afrik.com : Qu’est-ce qui vous interpelle exactement ?


Toussaint Alain :
Depuis un an, nous assistons à l’émergence d’un régime autocratique et tyrannique. M. Alassane Ouattara est arrivé au pouvoir dans des conditions calamiteuses. Sa prise de pouvoir s’est faite à l’issue d’une guerre de plusieurs semaines menée par les forces de M. Ouattara et l’armée française contre Laurent Gbagbo. Depuis, la situation n’a cessé d’empirer aussi bien en matière de sécurité, de respect des droits de l’Homme que sur les plans politique et économique.

Afrik.com : Que reprochez-vous au régime d’Alassane Ouattara en ce qui concerne la sécurité et les droits de l’Homme ?


Toussaint Alain :
Nous assistons à la désintégration de l’armée nationale. Elle s’est transformée en une milice de type ethnique composée essentiellement par les FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire, armée constituée par Alassane Ouattara lors de la crise post-électorale et composée en majorité des hommes de l’ex-rébellion des Forces nouvelles, ndlr). Cette garde prétorienne d’Alassane Ouattara se livre à des exécutions extra-judiciaires, à une chasse à l’homme permanente, dont les partisans de Laurent Gbagbo sont les principales victimes. Les hommes qui sont aujourd’hui les soldats de l’armée ivoirienne n’ont reçu aucune formation. Ce sont de simples combattants recrutés ça et là dans les villes et villages du nord de la Côte d’Ivoire, voire dans les pays voisins comme le Burkina Faso, le Mali, le Liberia et la Guinée. En outre, la dislocation de l’Etat s’est accélérée, notamment dans le Nord où l’Etat était déjà déliquescent depuis la partition du pays en septembre 2002. En ce qui concerne les droits de l’Homme, plusieurs dizaines de cadres du parti de Laurent Ggabgo ainsi que ses proches sont détenus dans le nord de la Côte d’Ivoire qui est devenu le goulag d’Alassane Ouattara. L’épouse de Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, son fils Michel Gbagbo, qui n’a commis aucun crime sauf ceux imaginés par l’actuel pouvoir, le Premier ministre Aké N’Gbo, le président du FPI, Affi Nguessan sont quelques-unes des personnalités arbitrairement emprisonnées. Au nom de la paix, toutes ces personnes doivent être remises en liberté. Par ailleurs, plusieurs centaines de jeunes combattants, qui avaient répondu à l’appel de l’armée nationale et recrutés au début de l’année 2011, sont portés disparus. Leurs familles sont inquiètes. J’ai rencontré récemment, à Londres, le père de l’un de ces jeunes combattants qui m’a de nouveau interpellé. Nous avons pris attache avec des organisations de défense des droits de l’Homme et une campagne internationale sera lancée prochainement afin que la lumière soit faite sur le sort de ces disparus. La presse internationale en a d’ailleurs fait déjà écho car plusieurs dizaines d’entre eux ont été photographiés alors qu’ils avaient été arrêtés par les FRCI, puis parqués par dans une station Texaco du quartier des Deux-Plateaux, à Abidjan. Que sont devenus ces jeunes gens ? Ont-ils été déférés dans le Nord pour être détenus dans des prisons de fortune ou alors ont-ils été exécutés ? La dernière hypothèse ne m’étonnerait guère parce que les exécutions extra-judiciaires ont été érigées en règle par le pouvoir ivoirien. Enfin, au nom du « rattrapage ethnique » - c’est l’expression de M. Ouattara -, les autorités de mon pays se livrent à une chasse aux sorcières au sein de l’administration, où la promotion se fait exclusivement sur des critères ethniques. Cette pratique n’est pas républicaine. Nous parlons de sécurité, de droits de l’Homme. Mais l’économie n’est pas en reste…

Afrik.com : Les compétences économiques du nouveau président ivoirien sont pourtant celles qui font le moins débat ?


Toussaint Alain :
 : « ADO Solutions » était le slogan de sa campagne. Mais depuis un an, le miracle attendu s’est transformé en mirage. On assiste à des licenciements massifs aussi bien dans la fonction publique que dans le privé ...

Afrik.com : On ne peut pas directement imputer les licenciements dans le privé à Alassane Ouattara, compte tenu de la situation de crise qui est celle de la Côte d’Ivoire depuis plus d’une décennie ?


Toussaint Alain :
M. Ouattara est aujourd’hui incapable d’apporter des réponses aux préoccupations des ménages ivoiriens dont le pouvoir d’achat s’est réduit comme peau de chagrin. Les syndicats n’ont plus voix au chapitre. Les droits élémentaires des travailleurs sont bafoués. Plus d’un millier d’employés de la Sotra (Société des transports abidjanais, une société d’économie mixte, ndlr) on été abusivement licenciés, de même que des salariés de la RTI, l’audiovisuel public ivoirien, et du Port d’Abidjan. Dans le même temps, ces entreprises embauchent des personnes originaires du Nord. C’est également ainsi que M. Alassane Ouattara procède pour les recrutements dans l’armée, la police et la gendarmerie. Officiellement, les concours d’entrée sont suspendus mais on intègre des éléments des FRCI. Il y a une liquidation des règles républicaines qui est inquiétante. En lieu et place de la démocratie et de l’Etat de droit, c’est une dictature qui s’est installée en Côte d’Ivoire. Nous assistons à un net recul de la liberté de la presse. Ousmane Sy Savané, le directeur général du groupe Cyclone, éditeur du journal Le Temps pro-Laurent Gbagbo, est détenu par les services secrets d’Alassane Ouattara, la DST, sans qu’on sache pourquoi. Des journaux sont suspendus quand les articles ne sont pas du goût du pouvoir et leurs responsables jetés en prison. L’avocat de Simone Gbagbo, Me Rodrigue Dadjé, a été également appréhendé, il y a deux semaines, par les services secrets ivoiriens et on ne connaît toujours par les motifs de cette arrestation. Des journalistes français, comme Antoine Glaser, reconnaissent aujourd’hui que la Côte d’Ivoire « court vers un régime totalitaire ». Nous avons de profondes inquiétudes sur la gestion du pays.

Afrik.com : Vous avez de nombreux griefs contre le pouvoir ivoirien, mais vous saluez l’avènement de ce que l’on appelle désormais le "dialogue républicain". Pourquoi ?


Toussaint Alain :
Nous dénonçons, à raison, M. Ouattara mais ce n’est pas pour autant qu’il faut fermer la porte du dialogue. Le dialogue peut être une arme puissante pour vaincre la tyrannie et la dictature. Le régime d’Alassane Ouattara est en train de tuer à petit feu l’opposition et d’asphyxier le contre-pouvoir qu’il représente. Depuis plusieurs mois, nous appelons à ce dialogue. Un an après, le pouvoir se résout enfin à discuter. Il faut s’en réjouir car c’est ensemble que les Ivoiriennes et les Ivoiriens éviteront à la réconciliation nationale de ne plus être une vue de l’esprit. Quand bien même, l’on sait que le régime de M. Ouattara est un habitué des passages en force. Il a imposé Guillaume Soro à la présidence de l’Assemblée nationale alors qu’il n’avait pas les 40 requis pour être à la tête du parlement ivoirien. Il avait déjà fait fi des règles républicaines en nommant Francis Wodié à la tête du Conseil constitutionnel, en remplacement de Paul Yao N’Dré. M. Ouattara ne s’est pas non plus soumis aux résultats proclamés par le Conseil constitutionnel, après la présidentielle de novembre 2010, qui donnaient victorieux Laurent Gbagbo. Cependant, il est urgent de repartir sur de nouvelles bases. Discuter avec ce pouvoir illégitime, c’est surtout penser aux populations et aux souffrances quotidiennes qu’elles endurent. Pour autant, la finalité du dialogue ne doit pas être la participation à un gouvernement. Cela peut être une option mais pas le but ultime. « Le pouvoir gouverne, l’opposition s’oppose. L’un et l’autre dans le strict respect des règles républicaines et de la loi », affirmait Laurent Gbagbo. Le dialogue doit conduire à une décrispation de la vie politique, à la confiance et à l’apaisement partout dans le pays, à un consensus national débouchant, à très court terme, sur le retour des exilés politiques et des réfugiés en Côte d’Ivoire. […] M. Ouattara a une peur bleue de la démocratie. Les libertés publiques sont bafouées et les journaux sont menacés de fermeture. Le dialogue est l’occasion de remettre tout cela à plat, d’obtenir les réponses à nos interrogations et de renouer avec un esprit de fraternité. La politique, ce n’est pas la guerre. Nous aspirons à une vraie démocratie en Côte d’Ivoire.

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